LAIUS DE FAIS TOURNER LE VOLANT par ISABELLE
Petite leçon de décorticage de « Fais tourner le volant » de kurssus :
Rappel: autant dire qu'il y a un bon son, de bonnes paroles pour faire
passer un message simple mais important. Mais comment si prend-t-il pour
plaire autant et être aussi pertinent ?
Avertissement : ce décorticage a été fait par une pure littéraire, alors autant
dire tout de suite que ça peut paraitre chiant comme la mort.(en sachant que
j'ai fais au plus simple)
Photos:David Neuqueulman
LE RYTHME AU SERVICE D'UN MESSAGE
Un prologue qui met en place le rythme pour préparer d'avance la fin :
« 1ere », « seconde », « tres », « quatro », « cinquo »= prépare
l'accélération finale
b) L'alternance récit/dialogue crée une dynamique. Traduction : on se fait
moins chier parce que ça fait plus vivant, surtout avec les dialogues. Ils
mènent le rythme de la chanson par l'opposition des voix : inquiétude
reconnaissable de la fille, contre la fureur du conducteur qui va en augmentant.
Du coup, l'arrêt du dialogue pour ne mettre que du récit marque le passage
à quelque chose de plus sérieux, c'est-à-dire au message que kurssus veut faire
passer. En gros, c'est la chute
qui fait froid dans le dos car elle brise le rythme soutenu jusqu'ici.
c) Les échos ou les répétitions qui sont mimétiques de l'accélération de
la voiture (traduction : c'est grâce en partie aux mots qui se répètent de
plus en plus vite que l'on ressent que la voiture, comme la parole va de
plus en plus vite)
Exemple : « va-z-roule », « va-z-y roule roule roule », va-z-y donne donne », «
oh les filles »
Les répétitions quasi constantes du conducteur à la fin de la chanson, quand on
sent qu'il est franchement déchiré marquent son énervement voire sa
fureur à la limite du délire paranoïaque (sans être provoquer il trouve le moyen
de s'énerver encore plus), et donc prépare l'accident final qui
parait inévitable.
Exemple : « moi chuis défoncé moi chuis défoncé tu va voir si je plane tu va
voir »
d) Le rythme vocal (logique, une chanson s'écoute avant de se lire, voire
même ne se lit jamais)
Le texte est en 2 parties (ça tout le monde l'aura compris)
1ere partie : débit de paroles est assez rapide, et insiste sur les sons rugueux
(les r) pour bien montrer le parler racaille des personnages. On voit encore
plus l'énervement du conducteur par ce rythme vocal.
2eme partie : la voix se fait plus lente et appuie donc sur le message à
retenir. C'est bien connu on retient mieux un message lent à la limite
susurré à l'oreille qu'un message gueulé, puisque si on nous gueule
dessus on a pas trop envie d'en tirer une leçon C'est
souligné par la répétition de « voilà » : met en évidence la désillusion totale
du dernier passage et le message de prudence qui parait encore plus pertinent
parce qu'on est mis face à l'horreur.
Ca va vous tenez le coup jusque là ? je sais c'est chiant quand on y
comprend rien et qu'on voit pas l'intérêt
Le rap contrevisité par kurssus (je précise, là j'ai fais avec les moyens
du bord, n'y connaissant rien au rap)
Le rap et l'argot
Le rap a l'air de pas mal utilisé l'argot, les mots arabes et le
verlan. Exemple : « mon soss », « mrez », « lardus », fait rhesse », « vardine
», et j'en passe. Autant dire qui n'est pas à la portée de
tout le monde. C'est (ATTENTION MOT PUREMENT LITTÉRAIRE) un sociolecte :
un langage parlé par un certain cercle, qui demande une certaine culture. Donc
il vise un certain public. La preuve : une littéraire n'y comprend rien.
Ce qui n'est pas arrangé par le
rythme rapide de parole.
MAIS (il y a bon espoir quand même si je me suis penché sur cette chanson)
L'argot se fait de moins en moins présent au fur et à mesure de la chanson
pour disparaitre totalement à la fin. Le vocabulaire se fait plus matériel, plus
médical= langage plus recherché (ce qui fait que j'ai pu le comprendre,
yeah) = on est mis face au spectacle des corps déchirés et c'est pas beau
à voir, et là, ça n'est plus tellement du rap comme on a l'habitude
d'en voir.
Exemple : « douleur atroce », « état secondaire », « inerte », autopsie », «
décédé » (et pas crevé ou un autre mot que j ene connais pas) , « périr », «
cloitré », etc.
Ce n'est plus artificiel, c'est charnel. On est plongé de plein
fouet dans le réel + la voix est moins rugueuse et les phrases plus construites
« pendant un moment », « mais », « et pourtant »
Du rap à l'émotion : mais comment se fait-il que l'on ait la
chair de poule en écoutant cette chanson ? Parce que kurssus a su toucher le
public là où ça fait mal tout en douceur et l'interpeler directement.
Les phrases courtes dites lentement rentrent plus facilement dans la tête des
auditeurs. On a l'impression qu'il nous parle à nous, au creux de
l'oreille (pour que ça marche encore mieux, il faut avoir des écouteurs).
En plus, il appuie bien sur certains mots : c'est sûr on ressent mieux le
« torse traversé par une barre de fer » si il est mis en valeur. C'est
limite si on a pas l'image devant les yeux. = ça touche directement nos
émotions !
Perso, là où j'ai vraiment eu la chair de poule, c'est lors du
dérapage, à cause du son que l'on entend avec le crissement des pneus et
le cri de la fille. Ce cri nous touche car il a un support humain : le dialogue
nous a rendu cette fille réelle. On l'entend crier, c'est limite si
on la connait.
On est interpelé directement par kurssus ou plutôt par le conducteur : il passe
du je souligné (moi je) à « toi qui m'écoutes « . Résultat, là, on peut
plus se défiler, parce que ça nous concerne. Parce qu'on a peut-être déjà
vu ce genre d'accident, parce que ça aurait pu être nous.
Et en plus kurssus fait dans la poésie !! Il émeut en provoquant la pitié : on
les voit ces corps inertes sous des draps blancs, on les vit cette mère et ces
trois enfants. Et qu'est ce qu'on se dit ? merde (au
passage, jolie image la « solitude noyée d'alcool »)
C'est le moment où jamais de respirer un coup avant d'être achevé
par la 3eme partie.
Kurssus soigne son écriture (traduction : il a eu l'inspiration
D'un coup et il sait pertinemment ce qu'il fait)
La chanson n'a pas d'entrée en matière, on rentre direct dans le
vif du sujet. Et tout ça grâce aux sons ! C'est vrai « 6 heures du
maton sort de boite déboité » ça frappe à cause des sons qui reviennent.
On voit la même chose après avec « manette, minette, binette, m'arrête,
vedette, tapette, coquettes, pète, basket, nette. D'ailleurs « nette »
prépare direct la fin, le choc net. Qui casse tout, les vies y compris.
Kurssus manie bien les mots, en jouant sur leurs double sens.
Exemple : « sur le coup »= net lors du choc, puis « sur le coup »= sur le
moment. sa insiste sur la fatalité et les différents moments. sa crée une suite
ininterrompue.
« sature ça tue » : les son sont trop proches pour être innocent, et ça
reste mieux dans les esprits. C'est une sorte de résumé de la chanson.
« je peux pas faire machine arrière. Ni me retourner » : c'est terrible
de jouer comme ça sur le sens figuré et sur le sens propre = remonter le temps
et me tourner vers l'arrière. C'est trop tard.
Un truc que j'ai trouvé amusant, c'est le jeu sur le joint.
C'est peut être moi qui l'ait rêvé, mais bon « va-z-y roule
», perso, ça me fait voir un lien entre le fait de rouler un joint et de rouler
trop vite en voiture. Donc si c'est répété, ça montre
l'accélération. sa se tient ? D'où peut-être « fais tourner le
volant » et pas le joint.
CE QU'IL FAUT EN RETENIR après s'être bien fait chier à tout lire
(merci à ceux qui l'ont fais) : ça, c'est du bon boulot, Kurssus !
Tu travailles dur pour en arriver là !